Journal de bord

Un voilier de 12 m, 2,20 m de tirant d'eau, trois nuits : il passera ?

Cet été, ce calcul se faisait de tête au comptoir, la carte des sondes d'un côté et l'annuaire des marées de l'autre. Voilà comment je l'ai mis dans l'application, et ce que je n'ai pas voulu lui faire décider.

1er octobre 2026Plan d'eau · Tirant d'eauLecture · 4 min

Un vendredi de juillet, 17 h. Un voilier de 12 mètres appelle à la VHF : il arrive dans vingt minutes, il reste trois nuits, il tire 2,20 m. La place qu'on a sous la main est à 2,50 m au zéro des cartes. Le coefficient monte à 100 ce week-end.

La question tient en une ligne : à la plus basse mer des trois nuits, est-ce qu'il touche ?

Comment ça se passait avant

Au comptoir, on sortait la carte des sondes, on cherchait la place, on ouvrait l'annuaire des marées à la bonne page, on prenait la hauteur d'eau à basse mer du samedi matin, puis celle du dimanche, on additionnait, on retranchait le tirant. De tête, avec un plaisancier au téléphone et un collègue qui attend la clé des sanitaires.

Le calcul n'est pas difficile. Ce qui est difficile, c'est de le faire bien, trois fois par jour en saison, en étant interrompu. Et quand on n'est pas sûr, on prend la place la plus profonde du port, même si elle est trop grande, même si on en aura besoin le lendemain.

Ce que fait l'application

Chaque place du port peut porter sa sonde, au zéro des cartes, comme sur la carte. L'application connaît la marée du jour et des jours suivants. Quand on saisit un bateau avec son tirant d'eau et sa durée, elle fait le calcul pour chaque basse mer du séjour, et garde la pire.

Place à 2,50 m au zéro des cartes
+ hauteur d'eau à basse mer, dimanche 6 h 40 : 0,80 m
− tirant du bateau : 2,20 m
= 1,10 m sous la quille. Il passe. Le détail s'affiche toujours. Si le résultat est inférieur à 40 cm, l'application écrit « c'est juste », pas « ça passe ».

Dans la recherche de place, les places où le bateau passe toute la durée du séjour remontent en tête. Celles où il talonnerait restent affichées, en bas, avec la date et l'heure du problème. Je ne voulais pas qu'une place disparaisse de l'écran : l'agent connaît son port, il peut savoir que la sonde de la place B12 est vieille, ou que la vase y est molle.

Ce que je n'ai pas voulu lui faire décider

La hauteur d'eau est estimée à partir du coefficient, elle n'est pas mesurée en temps réel. Un vent d'ouest établi ou une forte pression peuvent la faire varier de vingt à trente centimètres. C'est pour ça que la marge est de 40 cm par défaut, qu'elle se règle, et que l'application montre son calcul au lieu de donner un verdict.

Elle aide à décider. Elle ne décide pas. Sur un ponton, c'est l'agent qui tranche, et c'est très bien comme ça.

Un port qui n'a pas relevé ses sondes laisse simplement la fonction fermée : sans tirant renseigné, la ligne de profondeur ne s'affiche pas et tout fonctionne comme avant. On peut commencer par les dix places qui posent vraiment la question, et compléter plus tard.

Ce que ça change, concrètement

  • Le calcul se fait au moment où la question se pose : au comptoir avant l'arrivée, sur le ponton au moment de placer, dans la recherche de place.
  • On n'immobilise plus la grande place « par sécurité » quand une place normale convient.
  • Un saisonnier qui arrive en juillet a la même information que l'agent qui connaît le port depuis dix ans.

Le voilier de 12 m a eu sa place à 2,50 m. Il est reparti le lundi, sans avoir touché. Et personne n'a eu à ouvrir l'annuaire des marées.

Les situations racontées ici sont vécues sur les pontons ; les noms, les places et les chiffres sont ceux d'un port de démonstration, jamais d'un port réel.
Antoine DE BUCK
Antoine DE BUCKFondateur d'Archiriotte
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